Autisme et employabilité

Autisme et employabilité : de nombreuses pistes à explorer

La Journée Mondiale de la sensibilisation à l’Autisme a lieu le 2 Avril 2018. On dénombre aujourd’hui environ 650 000 autistes en France (soit la population de la ville de Lyon), avec 8 enfants sur 10 non scolarisés faute de structures. Comment conjuguer Autisme et Employabilité au sein de notre société ?  Comment valoriser leurs compétences, trop largement négligées ? Par quels moyens peut-on donner une vraie place aux autistes dans notre société ? Voici quelques éléments de réponse.

Qu’est-ce que l’autisme ?

L’autisme est un trouble envahissant du développement du système nerveux , en particulier du développement du cerveau, qui se manifeste au cours de l’enfance et persiste à l’âge adulte. Un trouble qui se heurte encore à de nombreux préjugés.

Il n’existe pas, à l’heure actuelle, de médicament spécifique pour l’autisme, mais une prise en charge adaptée permettant de mieux vivre avec ce trouble.  L’autisme peut être repéré avant l’âge de 2 ans, mais le diagnostic est possible tout au long de la vie.

Autisme, Troubles du spectre de l’autisme (TSA), Troubles envahissants du développement (TED), quelles différences ?

Ces trois termes recouvrent un seul et même handicap. Du fait d’une multitude de symptômes existant parmi les personnes atteintes d’autisme, il a fallu introduire un terme couvrant tout le spectre. C’est ainsi qu’est apparu le terme de TED. A l’intérieur de ce groupe se trouvent des catégories comme l’autisme infantile, le syndrome d’Asperger ou l’autisme atypique. Cela a conduit beaucoup de confusion, laissant croire que les personnes TED n’étaient pas autistes. De ce fait, le terme TSA est aujourd’hui largement répandu pour évoquer l’autisme.

Trois facteurs en constante interaction sont distingués dans l’autisme : la génétique, le développement cérébral et le comportement.

L’autisme se manifeste par différents troubles qui s’expriment avec des intensités variables :

  • Troubles de la communication
  • Intérêts ou activités obsessionnels
  • Comportements à caractère répétitif
  • Forte résistance au changement
  • La personne présente aussi souvent des hyper ou hypo-sensibilités sensorielles (sons, lumière, couleurs, toucher…).

L’autisme est également souvent associé à d’autres troubles :

  • Epilepsie
  • Hyperactivité
  • Déficience intellectuelle
  • Troubles du sommeil
  • Troubles alimentaires…
Autisme selon le genre
Source : AspieConseil.com

S’intégrer en tant qu’autiste : quels choix de vie ?

Les difficultés à trouver des solutions engendrent de nombreux problèmes pour les autistes. Parmi ces conséquences, on peut citer des parcours scolaires compliqués, mauvaise intégration professionnelle, préjugés, etc.

Le diagnostic reste largement inaccessible. 60 % des enfants et 90 % des adultes n’ont pas été soumis à des diagnostics correctement posés. Par ailleurs les évaluations fonctionnelles indispensables pour construire les projets d’intervention sont rarement faites.

La Cour des Comptes, dans son rapport de décembre 2017, évalue le nombre d’enfants autistes à 100 000 et le nombre d’adultes autistes à 600 000 (dont seuls 75 000 sont identifiés).

En France, rares sont les personnes diagnostiquées autistes qui bénéficient d’un emploi. Les représentations négatives, l’incompréhension ainsi que la catégorisation faite entre autistes « lourds » et « Asperger », sont les principaux freins à une inclusion réussie. Actuellement, les autistes ayant besoin d’être hébergés en structure médico-sociale pâtissent du manque de places, tandis que ceux qui pourraient s’intégrer en milieu ordinaire sont confrontés au manque d’habitats et de milieux communs adaptés.

Autisme et employabilité en France, l’absence de données

La perception du taux d’emploi des personnes autistes peut être biaisée par une série de phénomènes.

  • Une certaine proportion de personnes autistes dispose d’un emploi sans savoir qu’elles sont autistes ou sans disposer d’un diagnostic juste. Ce cas de figure est présent notamment parmi les femmes autistes. Nous pouvons l’expliquer par le retard considérable pris dans le diagnostic de l’autisme au féminin.  Dans ce cas toutefois d’absence de diagnostic, se pose la question de la qualité des emplois en question, de leur pérennité et surtout de la qualité de vie en général de ces personnes.
  • Une proportion non négligeable de rares personnes autistes ayant à la fois un diagnostic et un emploi, et ce notamment dans le cas des emplois que l’on pourrait considérer de qualité, refusent de communiquer au sujet de leur autisme.

Devant cette situation préoccupante, des pistes professionnelles sont en cours de réflexion : certaines compétences propres aux personnes autistes pourraient profiter à divers secteurs. Certains possèdent ainsi des goûts prononcés pour les livres, les langues étrangères, la nature ou encore l’artisanat, où des fonctions leur seraient accessibles. Le télétravail, ainsi que les métiers en lien avec le domaine de l’autisme, sont également des solutions à explorer.

On sait aussi que la plupart des Autistes « Asperger » sont attirés par la logique et l’informatique : leur haut potentiel trouverait une utilité concrète dans des domaines spécifiques, comme la cybersécurité ou autres métiers très techniques. La rigueur et le perfectionnisme sont des compétences propres à de nombreux autistes qui pourraient apporter beaucoup à notre société. Un travail de fond permettrait d’utiliser ces ressources perdues.

Syndrome d’Asperger : des capacités supérieures à valoriser

Malgré le contexte difficile, les Autistes « Asperger » sont de plus en plus reconnus. Leurs qualités particulières de concentration, de mémorisation, leur volonté de travailler et d’apprendre sont notoires. Des caractéristiques très marquées, qui peuvent toutefois tourner à l’obsession ou à l’angoisse : les « Asperger » rencontrent ainsi de grandes difficultés à s’intégrer socialement, et à exprimer clairement leurs émotions.

L’emploi d’autistes « Asperger » dans l’informatique, bien répandu à l’étranger, commence à prendre de l’ampleur en France. En effet, dans ces autres pays, on attribue l’autisme à des causes biologiques plutôt que psychiatriques (dysfonctionnements neurologiques, perturbateurs endocriniens…). De plus, ils privilégient largement l’intégration concrète sur le terrain plutôt que par des traitements, et souvent avec succès.

Ce syndrome doit être reconnu comme une différence plutôt qu’un handicap. Pour aller dans ce sens, des actions en lien avec les véritables besoins commencent à émerger. Il s’agirait notamment de réformer les formations des professionnels, réorienter l’offre médicale et sociale, reconsidérer l’autisme au-delà du seul aspect psychiatrique, et améliorer le soutien aux familles (aide éducative à domicile, etc.).

Quelles solutions pour l’aide à domicile des autistes et personnes handicapées ?

Autant de solutions ciblées à encourager, car elles auraient un véritable impact sur l’intégration des autistes et leur employabilité.

La secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion avait confié une mission sur « l’insertion professionnelle des adultes autistes » à Josef Schovanec.

Autiste, philosophe, voyageur, Josef Schovanec multiplie les conférences pour sensibiliser les entreprises à l’intégration des personnes handicapées et avait rendu son rapport le 16 Mars 2017. Il y faisait un état des lieux sur la prise en charge, la reconnaissance et l’emploi des autistes en France. Ce rapport devrait apporter des axes de réflexion sur le 4ème plan autisme (2018-2022) qui sera dévoilé par Sophie Cluzel, nommée Secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées.

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